La pègre marseillaise

On ne parle pas de Marseille sans prononcer le mot de la pègre marseillaise. J'ai réunis quelques parains pour mieux comprendre les rivalités dans la cité phocéenne.
Les « frères Spirito » associés à Marseille renvoient surtout à l'histoire de Paul Carbone et François Spirito, deux figures emblématiques du grand banditisme français plutôt qu'à une vraie fratrie de sang. Leur parcours forme une page centrale de l'histoire du « milieu » marseillais entre les années 1920 et les années 1940. Qui sont Carbone et Spirito ? Paul Carbone est un Corse (né en 1885 à Propriano) qui arrive à Marseille dans les années 1920 et s'impose par la violence et les réseaux politiques. François Spirito (de son nom d'emprunt) est né en Italie (Itri, Campanie) à la fin du XIXᵉ siècle, de parents napolitains installés très tôt à Marseille, où il devient d'abord garçon de café puis scaphandrier avant de s'engager dans les réseaux de Carbone. Leur duo est souvent présenté comme quasi « fraternel » dans les récits, d'où l'expression informelle de « frères Spirito » ou « les frères Carbone–Spirito », même s'ils ne sont pas liés par le sang. Leur emprise à Marseille à partir des années 1930, Carbone et Spirito contrôlent une grande partie du milieu marseillais : prostitution, racket et trafics divers (notamment opium, puis héroïne), avec des labos clandestins alimentant le marché parisien. influence politique grâce à leur proximité avec des élus locaux comme le député Simon Sabiani, ce qui fait d'eux les premiers « voyous politiques » du pays. Marseille devient alors un centre clé du crime organisé en Europe, avec un port contrôlé et une économie parallèle très développée. Collaboration et guerre pendant la Seconde Guerre mondiale, le duo collabore avec l'occupant allemand : ils obtiennent des cartes d'« Hommes de Confiance » de la Gestapo, ce qui renforce leur pouvoir sur le port et la main‑d'œuvre. Ils sont impliqués, directement ou indirectement, dans les grandes rafles de Marseille en 1943, dont la rafle du Vieux‑Port qui conduit à l'arrestation de centaines de juifs déportés. Carbone meurt en décembre 1943 dans un attentat de la Résistance (déraillement d'un train), tandis que Spirito parvient à fuir vers l'Espagne puis l'Amérique latine et les États‑Unis, où il participe aux premiers chaînons de la French Connection (trafic d'héroïne marseillaise vers New‑York). Après‑guerre et fin de l'ère Carbone–Spirito. Après la Libération, Spirito est condamné par contumace pour collaboration et chantage, mais il est finalement blanchi ou amnistié en évitant les peines les plus lourdes. Il revient en France, s'« range » partiellement, ouvre un restaurant à Sausset‑les‑Pins puis vit à Toulon jusqu'à sa mort en 1967. Leur légende reste forte à Marseille : elle inspire de nombreux films (par exemple Borsalino, avec Delon et Belmondo) et les considère comme les fondateurs du modèle mafieux « marseillais », où crime organisé et politique deviennent étroitement liés.

L'histoire des frères Guérini, Antoine et Barthélemy (dit « Mémé »), est au cœur de la chronique du grand banditisme marseillais du XXe siècle, marquée par une fusion entre criminalité organisée, monde politique et trafics internationaux. Originaires de Corse, les deux frères s'imposent dans les années 1930 à Marseille en structurant le milieu par le proxénétisme et le racket, tout en cultivant des alliances stratégiques avec les élites locales. Ascension et apogée du clan après la seconde guerre mondiale, les Guérini assoient leur domination en s'imposant comme les « parrains » incontestés de la cité phocéenne, après avoir évincé leurs rivaux Paul Carbone et François Spirito, discrédités par leur collaboration. Leur influence atteint son paroxysme lors de la grève des dockers de 1947, où ils jouent un rôle clé dans la rupture du mouvement social au profit des intérêts anticommunistes soutenus par la CIA. Cette position leur permet de sécuriser le port, facilitant ainsi l'émergence de la « French Connection » et le trafic d'héroïne à destination des États-Unis sous l'égide de Lucky Luciano. Liens politiques et déclin le clan a longtemps bénéficié d'une proximité ambiguë avec le maire de Marseille, Gaston Defferre, avec qui des liens s'étaient noués durant la Résistance. Cependant, cette protection politique s'effrite au cours des années 1960 à mesure que le pouvoir s'éloigne de ces réseaux informels. Le déclin est brutal : Antoine Guérini est assassiné en 1967, et l'arrestation de Mémé peu après, dans son propre cabaret « Le Méditerranée », marque la fin de l'ère du clan historique. Distinctions et confusions homonymiques Il convient de ne pas confondre cette fratrie historique avec l'affaire judiciaire contemporaine impliquant Jean-Noël Guérini, ancien président socialiste du conseil général des Bouches-du-Rhône, et son frère Alexandre. Bien que le patronyme et le contexte marseillais créent parfois des raccourcis dans le débat public, ces dossiers judiciaires modernes, portant sur des soupçons de corruption et de favoritisme, sont distincts de la lignée des parrains du Milieu des années 1950.

Antoine Cossu, dit « Tony l'Anguille », est un braqueur emblématique du milieu marseillais, né le 11 mai 1940 à la Belle‑de‑Mai, dans le quartier populaire de Marseille. Issu d'une famille de paysans sardes, il grandit à Marseille après que son père, docker, meurt alors qu'il n'a que 10 ans. Débuts à Marseille très jeune, Cossu se met au vol de cuivre et de plomb dans les usines bombardées pendant la Seconde Guerre mondiale, puis au port de Marseille, où il dérobe tout ce qu'il peut à bord des bateaux. Il refuse le système scolaire et s'initie à la plomberie‑zinguerie, mais quitte son travail en volant le contenu de la caisse, ce qui marque le début de sa vie de braqueur. Carrière criminelle marseillaise dans les années 1970‑1980, il devient l'un des membres majeurs d'une bande rivale de la famille Zampa, autour de Francis le Belge et Jacky Imbert. Il est condamné pour de nombreux braquages de fourgons, banques et même d'un train, ce qui lui fait passer près de trente ans de sa vie derrière les barreaux. Surnom « Tony l'Anguille » Son surnom vient de sa capacité à se dérober à la police, grâce à plusieurs évasions spectaculaires de prisons et de commissariats, ce qui lui vaut d'être vu comme une figure mythique du grand banditisme marseillais. Il est arrêté à plusieurs reprises, notamment en 2011 dans une affaire de trafic de stupéfiants et en 2014 en Autriche, soupçonné de préparer un braquage de fourgon. Vie après la prison et écriture après sa sortie de prison en 2009, Cossu se reconvertit dans l'écriture et la peinture, publiant plusieurs romans policiers inspirés de sa propre vie, comme Taxi pour un ange et À prendre ou à laisser. Installé près de Sète, il continue de vivre à l'écart de Marseille tout en restant une figure emblématique de l'histoire du banditisme marseillais.

Jacky le Mat, de son vrai nom Jacques Imbert (1929–2019), est une figure emblématique du banditisme marseillais, souvent décrite comme l'un des « derniers parrains » de Marseille. Qui est Jacky le Mat ? Jacques Imbert est né en 1929 ; son surnom « Le Mat » signifie « le fou » en provençal, en référence à sa témérité et à son côté impulsif dans le milieu des truands. Il commence très jeune dans la délinquance, vers 17 ans, et gravit ensuite les échelons du grand banditisme marseillais à partir des années 1950–1960. Son parcours à Marseille, il débute dans la bande des « Trois Canards », un repaire de voyous situé dans le quartier de l'Opéra, où il croise Tany Zampa et Francis le Belge. Il s'installe durablement dans la ville grâce à plusieurs gros coups, notamment des braquages et des « affaires » qui l'enrichissent et lui permettent de constituer son propre réseau de truands. Rôle dans le milieu marseillais. Au fil des décennies, il devient un chef de clan indépendant, rivalisant notamment avec le clan Zampa, dans ce que l'on appelle la « guerre de cent ans » du milieu marseillais. Il est plusieurs fois visé par des attentats, notamment un assaut au plomb et balles en 1977 où il survit avec plus de 20 projectiles retirés, devenant handicapé de la main droite et perdant un œil, ce qui renforce son image de « miraculé ». Fin de vie et héritage à Marseille. Après une longue carrière dans le crime organisé, il est inculpé et emprisonné à plusieurs reprises, dont un épisode marqué par un grand coup de filet en 1993 près de Marseille. Il finit sa vie retraité à Marseille, marié à une trentenaire, Christine, qui a même créé une marque de vêtements « Le Matou » inspirée de sa vie rocambolesque. Mort en 2019 à 89 ans, il reste une légende du grand banditisme marseillais, mêlant voyoucratie, showbiz et relations troubles avec le monde politique.

Daniel Lamberti était un truand marseillais impliqué dans le milieu criminel des années 1970, particulièrement dans le trafic de drogue. Son parcours ancien casseur et racketteur reconverti dans la drogue, il évoluait dans les cercles de la Belle-de-Mai à Marseille, aux côtés de figures comme Robert Di Russo (dit "Gros Bras") et Jean-Claude Bonello (dit "Jeannot Cigare"), affiliés à Francis "le Belge" Vanverberghe. Ce trio aurait été victime d'une arnaque sur 50 kg d'héroïne par Jo Lomini, déclenchant une vendetta. Son histoire à Marseille le 5 septembre 1972, Daniel Lamberti, Di Russo et Bonello sont exécutés boulevard Finat-Ducos (au Canet) dans le cadre du conflit Zampa-Vanverberghe, une guerre de gangs sanglante opposant Tany Zampa au jeune "Belge". Équipés mais surpris en voiture, ils sont abattus par l'équipe de Zampa anticipant une riposte. Conséquences son oncle Émile Chessa cherche vengeance et est tué le 17 février 1973 avec André Katchadourian en Belle-de-Mai, escaladant le conflit qui fait 14 morts en un an à Marseille. Lamberti incarne ainsi une victime précoce de cette "guerre des gangs" marseillaise des années 1970.

Jean‑Claude Bonello, souvent surnommé « Jeannot Cigare », est une figure tragique du grand banditisme marseillais liée au début de la "guerre des gangs" de 1972, autour de Francis Vanverberghe, dit « Francis le Belge », et de Tany Zampa. Rôle dans le milieu marseillais Bonello fait partie de la bande de jeunes truands de la Belle de Mai fidèles à Francis le Belge, actifs dans la prostitution et les trafics urbains dans les années 1960‑1970. Il est décrit comme un homme de main, impliqué dans les affaires de drogue et de protection qui structurent alors le milieu marseillais. Sa mort à Marseille le 5 septembre 1972, dans le quartier du Canet, Robert Di Russo, Jean‑Claude Bonello et Daniel Lamberti sont assassinés dans une fusillade ordonnée par Tany Zampa, en représailles à une attaque de son camp. Cette exécution collective marque un épisode clé de la guerre des gangs 1971‑1973 entre les réseaux de Zampa et ceux de Francis le Belge, guerre qui a profondément marqué la mémoire criminelle de Marseille. Histoire à Marseille aujourd'hui Bonello reste mentionné dans les ouvrages et sites consacrés au milieu marseillais et à la « guerre des gangs », comme élément du groupe de jeunes truands de la Belle de Mai. Sa mort au Canet est souvent citée comme exemple de la violence fratricide qui a secoué Marseille dans les années 1970, et reste un épisode célèbre pour les passionnés d'histoire criminelle marseillaise.

Francis le Belge, de son vrai nom Francis Vanverberghe, est né le 3 mars 1946 à Marseille dans le quartier de la Belle de Mai, fils d'un ancien légionnaire menuisier et d'une "pied-noir" d'origine espagnole. Dès 19 ans, il est condamné pour proxénétisme aggravé après avoir organisé la prostitution d'une jeune femme dans le quartier de l'Opéra (1er arrondissement). Débuts criminels à sa sortie de prison, il prend la tête d'une bande influente de la Belle de Mai, incluant des figures comme Antoine Cossu, Robert Di Russo ou Tony l'Anguille. Classé au fichier du grand banditisme en 1968 à 22 ans, il profite de l'assassinat d'Antoine Guérini en 1967 pour émerger comme nouveau parrain marseillais. Ascension à Marseille véritable parrain du milieu marseillais, il étend son contrôle sur les Bouches-du-Rhône, notamment Aix-en-Provence, en s'emparant de bars, boîtes de nuit et restaurants abandonnés après la mort de Zampa, avec peu de résistance. Il domine le jeu clandestin, la prostitution et d'autres trafics, devenant une figure emblématique du banditisme local aux côtés des frères Guérini ou Tany Zampa. Départ pour Paris et fini cède ensuite ses intérêts marseillais à Jack Imbert dit "Le Mat" pour conquérir Paris, imposant son emprise sur le "Triangle d'or" (Champs-Élysées, machines à sous, prostitution). Assassiné le 27 septembre 2000 à Paris dans le café L'Artois Club par des tueurs à moto (7 balles), il est enterré au cimetière du Canet à Marseille, sans son nom sur la tombe familiale Vanverberghe.

Robert Di Russo est un personnage du « milieu » marseillais des années 1970, apparu dans le sillage de Francis le Belge et de la bande de la Belle‑de‑Mai, à Marseille. Il est surtout connu pour son rôle dans la guerre des gangs de 1972, une série de règlements de compte autour du trafic d'héroïne. Qui était Robert Di Russo ? Robert Di Russo est présenté dans les récits du grand banditisme français comme un proche de Francis le Belge, actif dans le quartier de la Belle‑de‑Mai à Marseille. Il est fiché comme racketteur et proxénète, ce qui en fait un acteur important du petit banditisme lié aux bordels, tripots et circuits de drogue locaux. Son rôle dans la « guerre des gangs » de 1972 en 1972, il fait partie des hommes de confiance du Belge lors d'une affaire de trafic d'héroïne, notamment autour d'une livraison de 50 kilos qui tourne mal. Selon les témoignages, il est impliqué dans une vengeance préparée contre Francis le Belge, qui lui fait finalement tendre une embuscade. Mort au Canet, à MarseilleLe 5 septembre 1972, Robert Di Russo est abattu avec deux autres hommes (Jean‑Claude Bonello et Daniel Lamberti) lors d'une fusillade dans le quartier du Canet, dans le XIVᵉ arrondissement de Marseille. Cette fusillade fait partie des épisodes les plus marquants de la guerre des gangs marseillais, qui oppose différentes bandes rivales autour du trafic de stupéfiants. En résumé, Robert Di Russo incarne une figure de truand de Marseille, lié à la bande de Francis le Belge et tombé dans la vague de règlements de compte qui secoue la ville au début des années 1970.

Gaëtan « Tany » Zampa, né en 1933 et décédé en 1984 à Marseille, demeure l'une des figures les plus marquantes et complexes du grand banditisme français. Surnommé « l'empereur de la nuit », il a dominé le milieu marseillais des années 1970 en structurant ses activités autour des boîtes de nuit, du racket, du trafic d'armes et du proxénétisme. Ascension et contrôle, Zampa a débuté son parcours criminel entre Marseille et Paris, où il a appris à s'entourer de figures violentes tout en s'imposant dans la gestion de cercles de jeux et de boîtes de nuit. Après un séjour en prison, il est revenu à Marseille au début des années 1970 pour s'imposer comme le maître incontesté des rues, malgré une interdiction de séjour officielle. Sa réputation de « parrain » s'est bâtie sur un mélange de professionnalisme criminel, de brutalité et d'une influence croissante sur le trafic de stupéfiants et d'armes. Rivalités et chute la domination de Zampa a été marquée par des conflits sanglants, notamment contre Francis Vanverberghe, dit « Francis le Belge », symbolisés par la fusillade du bar Le Tanagra en 1973. Au début des années 1980, son empire a commencé à décliner sous la pression policière accrue, aboutissant à son arrestation en 1983 dans un bungalow à Fos-sur-Mer. Incarcéré aux Baumettes et affaibli, il a tenté plusieurs fois de se suicider avant de réussir à se pendre avec une corde à sauter en 1984. Héritage criminel l'histoire de Zampa illustre la mutation du crime organisé marseillais, passant des réseaux traditionnels de l'après-guerre à une forme de gestion plus entrepreneuriale du milieu, impliquant le blanchiment d'argent et le racket sophistiqué. Sa fin tragique dans l'isolement de sa cellule, loin de son statut de parrain flamboyant, marque symboliquement la fin d'une ère du banditisme phocéen.

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